Peu avant la fête de lancement qui a eu lieu en septembre 2018, nous avons eu l’immense honneur de recevoir une lettre de Pierre Rabhi. Ne pouvant pas être présent lors de cet événement, il a tenu à nous manifester son soutien.

Voici sa lettre:

 

 Je remercie la Fondation Opaline d’avoir sollicité mon modeste concours pour soutenir ses projets et notamment celui des vergers participatifs.

La modernité technico-économico-scientifique s’est fondée sur des principes et des préceptes donnant à l’être humain la primauté sur la nature. C’est dans cette mutation performante par ses innovations que le paysan a été relégué à celui qui reste prisonnier des limbes d’un archaïsme préjudiciable à son évolution. Pour être au diapason de la modernité, il a fallu substituer au paysan qui tient la terre et qui est tenu par elle, l’exploitant agricole.

Ainsi, le principe minier caractérisant l’époque actuelle s’est imposé au détriment du faire-valoir en rendant la terre, organisme vivant à part entière, meilleure qu’on ne l’a reçue par souci de la vie et de celle des générations à venir.

Cela pour dire que, dans la complexité du monde actuel, toutes les initiatives permettant la conciliation et la réconciliation avec la terre nourricière méritent d’être soutenues.

L’initiative des vergers partagés permet la mise en œuvre d’un microcosme où solidarité, coopération, responsabilité, biodiversité peuvent s’assembler au nom des valeurs essentielles. Cultiver son jardin a toujours été pour moi un acte de légitime résistance, de reconquête de notre souveraineté.

C’est pour toutes ces raisons que je me sens solidaire de ce projet auquel je souhaite le succès qu’il mérite absolument.

 

Pierre Rabhi – Montchamp Juillet 2018

La culture dans tous ses états

Pour le lancement de la Fondation Opaline, nous avons demandé à Clément Grandjean de nous écrire quelques mots. Prêtant notamment sa plume au journal Terre & Nature, nous nous sommes dit qu’il aurait certainement de belles choses à nous dire. Nous avons adoré le résultat!

Nous sommes tous des cultivateurs. Vous en doutez ? Si c’est le cas, c’est grâce à l’un de ces petits caprices de la langue française qui fait que la culture est partout : on cultive aussi bien une parcelle agricole qu’une amitié. Et ce n’est pas tout. Dotez le mot d’une majuscule et vous obtenez – excusez du peu – l’ensemble des valeurs qui caractérisent une société. Cela dit, difficile de n’y voir qu’un hasard étymologique. Cultiver un verger, une relation ou son propre esprit, ce n’est pas si différent.

C’est du travail, d’abord, car il ne suffit pas de planter un jeune arbuste pour faire prospérer un domaine, ni d’ouvrir le premier livre venu pour étancher sa curiosité. Non, il faut de la patience et du dévouement, du courage parfois lorsque l’on doit tout reprendre à zéro. Je vous l’accorde, ce travail est plus ou moins salissant selon que l’on cultive un champ de pommes de terre ou une relation amoureuse, mais dans un cas comme dans l’autre, la démarche s’inscrit dans la durée… et force à la modestie.

Surtout, la culture est la promesse d’une récompense. Cela va de la satisfaction devant une généreuse récolte de fruits ou de légumes au plaisir d’un échange, à celui d’une rencontre enrichissante. Pour nourrir le corps d’un côté, et l’esprit de l’autre. Une histoire d’équilibre. Une histoire d’humains aussi : les philosophes ont longtemps considéré que le terme de culture s’opposait à celui de nature, qu’il s’agissait d’une particularité de l’espèce résumant notre tendance à maîtriser notre environnement, notre goût pour les champs parfaitement carrés et les vergers tracés au cordeau.

Et si les choses étaient en train de changer ? Et si l’on pouvait réconcilier culture et nature en nous efforçant de ménager le potentiel de nos sols, ou en créant des vergers participatifs où croissent les fruits et les amitiés au rythme des saisons ? Les projets reposant sur une agriculture plus respectueuse de l’environnement qui se multiplient aux quatre coins de la planète prouvent que l’idée fait son chemin. Le genre de révolution qui naît d’abord dans les têtes et dans les cœurs avant de se répandre dans les campagnes. Une révolution culturelle et culturale. Qui a dit que tout était lié ?